COMMENT ACCOMPAGNER NOS ENFANTS DANS L’APPRENTISSAGE DU FRANÇAIS?

DOUCHKA CORAY, FAPEO

Le saviez-vous ? Le français est l’une des langues les plus difficiles à apprendre.

Orthographe, vocabulaire, structuration des phrases…autant d’aspects qui peuvent susciter des interrogations, voire des inquiétudes chez les parents. 

Alors… comment accompagner nos enfants, petits et ados, dans l’apprentissage du français ? 

C’est sur ce thème que le SEE, Service enseignement et évaluation de la DGEO (Direction générale de l’enseignement obligatoire du Département de l’instruction publique) et la FAPEO ont organisé une table-ronde pour les parents le 28 avril 2026 à Genève. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre du plan cantonal. L’odyssée des mots visant à renforcer la maîtrise du français. Au menu, une présentation riche en conseils pratiques et concrets et beaucoup de bienveillance dans les réponses apportées aux questions. Une soixantaine de parents, des écoles primaires et des cycles d’orientation ont pu assister à la table-ronde, qui, victime de son succès, affichait complet. 

Pour nos lecteurs, nous livrons ici quelques secrets d’experts pour aider nos enfants à progresser.

  1. La culture parentale

Le rôle des parents n’est pas de (re)faire l’école, ou d’être au top sur des notions théoriques, ni même de corriger les devoirs. Mais plutôt de créer une ambiance favorable aux apprentissages. Par exemple un moment cosy de lecture partagée sur un canapé, une histoire qu’on écoute en famille dans la voiture sur la route des vacances, un plateau de jeux où il s’agit de répondre à des questions pour avancer son pion.

Le Prof. Michel Fayol évoque ainsi l’impact des émotions épistémiques sur l’apprentissage, pour dire combien les sentiments éprouvés par les enfants dans les moments où ils travaillent, où ils cherchent à comprendre est important. Pouvons-nous stimuler la curiosité de nos enfants ? leur envie de savoir ? la joie de la découverte ?  Ou à l’inverse leur éviter de trop longs moments de confusion et de frustration, quand ils sont face à une tâche qui leur semble inaccessible ?

  1. L’importance de la langue orale

Toutes les connaissances que l’enfant développe sur la langue française, ainsi que sur sa langue maternelle, dans le cas des élèves bi- ou plurilingues, sont très utiles au moment où il commence un apprentissage plus formel (par exemple : débuts de la lecture et de l’écriture).

Le rôle de l’oral est primordial, et les parents y contribuent, par exemple en favorisant les moments où l’enfant explicite ce qu’il a fait, où il raconte un épisode survenu à la récréation, ou bien où il résume le dernier épisode de la série regardé. Toutes ses compétences vécues dans l’interaction serviront de base aux apprentissages scolaires.

  1. La lecture…

Avant même qu’il n’apprenne à lire, le jeune enfant profite réellement de la lecture de ses parents. Dans ces moments-là, souvenons-nous que l’important n’est pas de faire un cours sur tel ou tel sujet, en respectant par exemple à la lettre le texte, mais que l’on peut choisir le sens que revêt pour nous cette activité

Plus tard, l’enfant est capable de lire seul, ici aussi pour des buts qui peuvent varier selon les contextes, selon les supports. Ainsi, même si lire peut permettre de développer son vocabulaire, ses connaissances, la Prof. Ecaterina Bulea Bronckart insiste sur le fait qu’en aucun cas cela suffit pour apprendre l’orthographe, et que nous pouvons donc encourager des finalités diverses (y compris s’amuser avec des jeux où la lecture est nécessaire).

En tant que parents nous pouvons aussi rester ouverts aux différents types de supports, a fortiori au moment de l’adolescence de nos enfants qui s’orientent alors parfois vers des choix surprenants. S’intéresser à ce qui les intéresse, discuter autour de ce qu’ils ont lu, car finalement, un certain type de lecture n’est pas forcément plus noble qu’un autre (roman classique, policier en anglais, manga, magazines documentaires). De même, pour s’informer, l’écrit n’est plus la seule source efficace (les vidéos fonctionnent très bien pour certains thèmes), et nous pouvons l’accepter, même si les pratiques de nos enfants diffèrent fondamentalement des nôtres.

Traduit de l’espagnol © Flavita Banana, ¿Y usted cómo hace para que el suyo lea? / D.R.

… et l’orthographe

Enseigner l’orthographe c’est la mission de l’école, et tant mieux, car l’orthographe française présente de réelles difficultés, qui mélangent différents plans, notamment : l’ordre lexical (par exemple les lettres muettes à la fin des mots : jamais, partout), morphologique (notamment les finales issues d’une famille de mot : sang-saigner), ou encore l’orthographe grammaticale, requérant une réflexion spécifique qui n’a souvent pas son équivalent dans les autres langues). L’attention des élèves lorsqu’ils sont en train de produire un texte écrit doit sans cesse passer d’un niveau à un autre, ce qui demande une sacrée gymnastique !

Nos experts, sur le sujet de l’orthographe aussi, sont de bons conseils : l’orthographe ne s’apprend pas en lisant, pas en copiant, pas en surlignant… mais plutôt avec des stratégies d’apprentissage dans lesquels l’enfant est plus impliqué. 

La prof. Lucie Attout explique l’importance de l’auto-sollicitation, par exemple lorsqu’il s’agit d’apprendre par cœur une liste de mots. Ne pas avoir tout le temps la réponse sous les yeux, essayer de répondre sans regarder, épeler, traiter minutieusement, refaire plusieurs fois en fonction du résultat, et aussi favoriser les moments d’intégration. Le sommeil d’ailleurs est notre allié : il permet de consolider les savoirs. Et là aussi notre rôle de parents se joue sur un plan très concret : veiller à ce que nos enfants dorment suffisamment, en étant si possible loin de leur écran au minimum deux heures avant le coucher, et éventuellement après avoir répété leurs leçons juste avant de s’endormir pour que le cerveau opère sa magie pendant la nuit.

Nous remercions les intervenant.e.s de la table-ronde pour les conseils précieux et la modération (de gauche à droite sur la photo) : 

Prof. Ecaterina Bulea Bronckart, professeure ordinaire de didactique du français à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève,

Mme Isabelle Vuillemin, directrice du Service enseignement et évaluation (DGEO – DIP),

M. Antony Ardiri, Chef de service au Service enseignement et évaluation de la DGEO,

Mme. Vanessa Paez, enseignante et responsable de l’enseignement en classe d’accueil au CO (DGEO – DIP) 

Prof. Michel Fayol, professeur émérite à l’Université Clermont Auvergne et Docteur honoris causa de l’Université de Genève

Prof. Lucie Attout, professeure assistante en psycholinguistique et logopédie à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève

Pour aller plus loin : la conférence « Améliorer l’apprentissage du français à l’école » à destination du corps enseignant, animée par Michel Fayol, professeur émérite (LAPSCO-CNRS, UCA) et Ecaterina Bulea Bronckart, professeure ordinaire de didactique du français (FAPSE, UNIGE) le mercredi 29 avril 2026 à l’Université de Genève. 

https://edu.ge.ch/enseignement/lodyssee-des-mots/ressource/ameliorer-lapprentissage-du-francais-lecole-6629

Article de la Tribune de Genève «Attention à ne pas mettre l’orthographe sur un piédestal» Les écoles romandes mettent la gomme sur l’orthographe. Au risque de renforcer ce marqueur social? Réponses de la spécialiste Ecaterina Bulea Bronckart

https://www.tdg.ch/orthographe-faut-il-en-faire-un-critere-central-dans-lecole-romande-449233322329