DES PLANS DE MOBILITÉ SCOLAIRE ET DES RUES SCOLAIRES POUR RENDRE LE CHEMIN DE L’ÉCOLE PLUS SÛR 

EMILIE ROUX, ATE

À Genève, ce sont quotidiennement des milliers d’enfants qui cheminent joyeusement sur le chemin de l’école à pied ou à vélo. Pourtant, les abords des écoles ne sont pas toujours apaisés et sécurisés en raison d’un trop fort trafic automobile généré par les parents-taxis ou le trafic de transit. Face à cette problématique, les Plans de mobilité scolaire et la rue scolaire sont des solutions intéressantes à de nombreux égards.

Plus de sécurité avec le Plan de mobilité scolaire

Développés par l’ATE Association transports et environnement depuis déjà plus de 10 ans dans le canton de Genève, les Plans de mobilité scolaire permettent de déterminer les problématiques du chemin de l’école et de proposer des solutions concrètes pour l’améliorer. Cette démarche participative questionne parents, enfants et enseignant∙es sur leur mobilité et rencontre un grand succès puisque la participation aux enquêtes atteint en moyenne 74%. Les enfants ont ainsi la possibilité d’exprimer leurs souhaits en matière de mobilité. Les parents ont, entre autres, la possibilité d’indiquer sur une carte les éventuels points dangereux du chemin vers l’école. Sur la base de cette carte, une visite de terrain est effectuée par des expert∙es certifié∙es en sécurité routière et aboutit à des recommandations concrètes pour la commune et le canton. 

Limiter les parents-taxis avec la rue scolaire

Parmi les mesures phares du Plan de mobilité scolaire il y a la rue scolaire. Cette mesure de modération du trafic aux abords des écoles commence à se faire une place en Suisse, alors qu’elle est déjà bien utilisée chez nos voisins européens. La rue scolaire permet de fermer au trafic motorisé la rue aux abords des écoles de manière temporaire (généralement 4×30 minutes à l’arrivée et à la sortie des élèves) ou durant le temps de l’école. Elle est modulable et peut s’adapter à plusieurs cas de figure : accès riverain∙es, ligne de bus, voies cyclables, etc. Pendant sa fermeture, ce tronçon de rue sans circulation devient un lieu d’échange et de convivialité où les enfants s’approprient avec plaisir l’espace routier supplémentaire disponible. Là où elle a été mise en place, la rue scolaire a montré son efficacité pour réduire le nombre de parents-taxis ou le trafic de transit, tout en ayant comme effet que le nombre d’enfants à pied et surtout à vélo a augmenté. Une rue scolaire est en test depuis septembre 2025 à Confignon et d’autres projets pilotes devraient voir le jour dans le canton de Genève.

Des données chiffrées pour déterminer des leviers d’action

Ce travail de longue date avec les communes et les écoles genevoises a permis à l’ATE de récolter de nombreuses et précieuses données statistiques sur la mobilité des élèves du canton de Genève. Ainsi, en réalisant des Plans de mobilité scolaire pour 37 écoles genevoises, plus de 12 000 questionnaires ont été récoltés et ont été analysés par un groupe d’expert∙es des domaines de la mobilité, de la psychologie du comportement et de la santé. L’objectif de cette étude est de comprendre la mobilité quotidienne de milliers d’enfants, mais aussi de déterminer quels sont les leviers qui peuvent induire un changement de mobilité.

On apprend ainsi que la marche est de loin le premier mode de déplacement​ dans le canton, mais que beaucoup d’enfants préféreraient aller à l’école à vélo ou en trottinette. En moyenne, 9% des parents interrogés dans le cadre de l’étude genevoise amènent leurs enfants en voiture. Les raisons évoquées sont avant tout pratiques: l’école se trouve sur le chemin du travail, où les parents se rendent justement au volant. La perception de la sécurité influence également ce choix puisque parents comme enfants témoignent d’une inquiétude vis-à-vis de la densité et de la vitesse du trafic automobile sur le chemin des écoles. 

Des mesures incitatives et collectives permettent de contourner ce «piège social», notamment avec des défis comme les journées sans voiture qui permettent aux parents et aux enfants de tester d’autres solutions et d’en évaluer les bénéfices. L’ATE encourage et accompagne les écoles en ce sens avec des actions comme «walk to school» ou la «Journée internationale à pied à l’école». Cette dernière est organisée chaque année en septembre et rencontre un grand succès enSuisse romande ainsi qu’au Tessin. La dimension festive est au cœur de la journée: cortèges colorés, clowns et musicien·nes invitent à célébrer le chemin de l’école et toutes les aventures qu’il offre. Les semaines d’action «walk to school» prennent la forme d’un défi. Dans les écoles primaires ou enfantines, toute une classe s’engage à parcourir le chemin de l’école à pied afin de récolter des points. La «ludification», soit l’intégration de mécanismes de jeu, agit comme véritable élément de mobilisation.

Sécuriser le chemin de l’école ne relève donc pas d’un geste isolé, mais d’un choix collectif de société: celui de donner aux enfants la liberté de se déplacer, d’explorer et de grandir dans un environnement qui les protège plutôt que de les contraindre. 

Pour en savoir plus

www.mobilitescolaire.ch

www.ate.ch/ecole/rue-scolaire