30 ans d’APECO-FLO, ça se fête !

C’est l’occasion de faire un petit saut en arrière dans l’histoire du Collège de la Florence. 

Le saviez-vous ? 

Son nom lui vient de « La Florence », propriété du docteur Henri-Pierre Goudet (1840-1927), laryngologue, cofondateur en 1883 avec Henry Correvon de l’Association pour la protection des plantes. Demeurant et exerçant en ville, rue Saint-Léger, il passait la belle saison avec sa famille dans cette retraite où il avait créé, sans doute inspiré par Correvon, grand créateur du genre, un jardin alpin (alpineum). Il se consacrait à l’étude de la botanique. Le domaine, accessible de la route de Malagnou par l’actuel chemin de la Florence, a été morcelé en 1953.

Le Collège de la Florence, chemin du Velours 16, était, à son ouverture en 1961 destiné uniquement aux jeunes filles, d’abord comme annexe de l’Ecole supérieure de jeunes filles et de l’Ecole ménagère avec un effectif d’environ 300 élèves. D’où l’appellation de « chemin des Jeunes-Filles » donné à ce segment perpendiculaire du chemin du Velours bordant les bâtiments, comme nous l’avons découvert lors des démarches effectuées pour la mise en place de la ligne PEDIBUS de la Florence (Association Parents Elèves de l’Ecole Le Corbusier). 

Arrive, en 1962, la création du Cycle d’orientation, tournant majeur de la démocratisation des études secondaires à Genève, à la suite de l’acceptation par le Grand Conseil du projet de loi du conseiller d’Etat Alfred Borel rendant l’enseignement obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l’âge de 15 ans. Son successeur André Chavanne est chargé de la mise en œuvre de cette décision historique. Le Collège de la Florence construit, par l’architecte Claude Grosgurin (1912-2010), est aussitôt affecté au Cycle d’orientation (CO), même s’il reste réservé aux seules jeunes filles.

 Son architecture en préfabriqué va servir de prototype pendant les dix années suivantes pour remplacer à moindre coût les pavillons provisoires des différent CO bâtis dans l’urgence en bois. Mais pionnier, il reste, puisqu’il devient mixte en 1965, alors qu’il faut attendre 1969, au lendemain de mai 68, pour que la mixité garçons et filles soit introduite dans toutes les écoles publiques du canton.

L’École supérieure de jeunes filles la Florence, à Conches, érigée entre 1960 et 1962. Ici la construction des salles de gymnastique. Source : ARCHIVES PRELCO SA 

Nous avons rencontré une ancienne élève du Collège de la Florence lors de son ouverture en 1962 : Martine Chaponnière, docteure en science de l’éducation, spécialiste de l’histoire des femmes*. 

 « Juste un rêve »

Le Collège de la Florence, « juste un rêve », nous raconte Martine Chaponnière, un sourire illuminant son visage. Elle a 13 ans lorsqu’elle arrive en Suisse et se rappelle ses premières journées à l’Ecole supérieure de jeunes filles. Elle arrive du Canada et d’une école française où il fallait se lever et attendre la consigne du professeur pour avoir le droit de s’asseoir. Elle trouve l’atmosphère très agréable, décontractée. L’absence de « surveillants », « de pions », comme on les appelle à l’époque, participe au sentiment de liberté.

Mais le port de la jupe est obligatoire pour les jeunes filles, les pantalons n’étant qu’exceptionnellement autorisés, notamment pour des raisons médicales. Martine Chaponnière se rappelle une autre exception, typiquement genevoise : les élèves avaient cours le samedi matin, alors le port du pantalon était accepté ce jour-là lors des départs au ski à la sortie de l’école ! 

Ce qui a le plus changé ? La plus grande différence est sans doute le fait qu’à cette période, internet n’existait pas ! 

Un long chemin pour l’égalité des sexes et des chances

Que de chemin parcouru depuis cette époque ! Un premier agrandissement du Collège de la Florence en 1970 pour augmenter sa capacité, une rénovation et un nouvel agrandissement des bâtiments en 2005. C’est aussi, en filigrane, le chemin de la lente reconnaissance des droits des femmes, en particulier du droit à l’égalité avec les hommes. Martine Chaponnière nous rappelle les mouvements sociaux auxquels elle a participé pour le droit de vote des femmes, qui ne sera acquis en Suisse qu’en 1971, et pour le droit de disposer de leur corps La Charte des Nations Unies de 1945 et la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 étaient porteuses d’espérance : mais il a fallu du temps et de nombreux combats pour concrétiser dans les lois l’égalité des sexes et des chances. Et celle des salaires n’est toujours pas atteinte !

Notre rencontre avec Martine Chaponnière, ancienne élève de la Florence, nous a amené.e.s à nous questionner sur les défis encore à relever en matière d’égalité : l’égalité des chances pour tous, garçons et filles, la reconnaissance des droits de chaque personne, le droit de chaque enfant, de chaque élève à trouver sa place, à se développer, à s’épanouir, comme le stipule la Convention internationale des droits de l’enfant. L’évocation des combats des suffragistes, ceux du MLF et de leurs héritier.ère.s est une magnifique leçon d’engagement et de persévérance. 

Le passage de l’Ecole supérieure des jeunes filles au Cycle d’orientation mixte forme une page de cette histoire.  L’égalité des sexes n’aurait pas été possible sans l’action des mouvements féministes et sans leur réception par quelques hommes éclairés. Et aujourd’hui ?  Il, elle, iel, … et bien d’autres enjeux. Les combats se poursuivent. 

Conclusion 

Ce 30e anniversaire l’APECO-FLO a été l’occasion de faire un pas en arrière pour regarder les défis à venir, en particulier ici, dans un Collège de près de 800 places et qui n’est pas à l’abri des débats qui agitent toujours encore politiques et pédagogues sur la meilleure façon de former la jeunesse. 

Nous exprimons le souhait que le Collège de la Florence, que nous avons connu et, après nous, nos enfants, où l’association de parents d’élèves est présente depuis 30 ans, puisse demeurer un établissement vivant, créatif, continuant d’offrir des prestations de qualité. Qu’il puisse, avec l’appui de l’APECO-FLO, participer au bien-vivre ensemble, contribuer à promouvoir un environnement sain et stimulant, et demeurer une fabrique de souvenirs heureux. 

Pourquoi ne pas saisir l’occasion de cet anniversaire pour mettre en évidence le « chemin des Jeunes Filles », aujourd’hui très emprunté par badauds, piétons et cyclistes ? Une signalétique pourrait le mentionner avec un panneau violet. Violet pour promouvoir le respect dû à chaque jeune, quels que soient l’identité, le sexe, l’origine, la langue, la religion, l’opinion politique, la situation sociale de l’enfant, de ses parents ou de ses représentants légaux, conformément aux prescriptions de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Véronique Girardin Maharjan
Présidente de l’APECO-FLO

PS: Pour en savoir plus sur les travaux de rénovation du plus ancien cycle d’orientation du canton: https://www.architectes.ch/fr/reportages/etablissements-scolaires/cycle-d-orientation-de-la-florence-61333#:~:text=La%20rénovation%2C%20décidée%20par%20l,aux%20normes%20les%20bâtiments%20existants

Références bibliographiques

*Martine Chaponnière, Liliane Mottu-Weber ou encore Anne-Marie Piuz. …, Egohistoiresécrire l’histoire en Suisse romande. Neuchâtel, Editions Alphil, 2003.

Erica Deuber Ziegler et Natalia Tikhonov (dir.), Les Femmes dans la mémoire de Genève

Du XVe au XX e siècle, Genève, Editons Suzanne Hurter, 2005. 

Véronique Ducret et Bulle Nanjoud, La poupée de Timothée et le camion de Lison, 2e édition actualisée, Edition Le Deuxième Observatoire, 2015