La sécurité des élèves constitue l’une des préoccupations centrales des familles genevoises. Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels le canton est aujourd’hui confronté en la matière, qu’il s’agisse du chemin de l’école, des restaurants scolaires ou des activités périscolaires ?

La première attente en tant que Conseiller d’Etat en charge des mobilités et que père de trois enfants est de pouvoir laisser les enfants aller à l’école en sécurité. Le chemin de l’école est souvent le premier espace de liberté d’un enfant. C’est là qu’il apprend progressivement à se déplacer seul, à prendre des responsabilités et à découvrir son environnement.
Notre rôle est de faire en sorte que cette autonomie puisse se développer dans de bonnes conditions. Cela passe par des aménagements adaptés, mais aussi par le respect des règles et l’attention que chacun porte aux autres usagers de l’espace public.
Une ville ou un village où un enfant peut se rendre à l’école sereinement à pied ou à vélo est généralement un lieu où tout le monde vit mieux.
Quelles mesures concrètes sont actuellement mises en œuvre par votre département pour répondre à ces enjeux, et quelles orientations souhaitez-vous donner à moyen terme ?
Pour répondre à ces enjeux, nous agissons sur des actions très concrètes comme la sécurisation des itinéraires les plus fréquentés par les élèves, l’amélioration des traversées piétonnes et le développement des infrastructures prévues dans le Plan d’actions cantonal des mobilités actives adopté par le Conseil d’Etat et voté par le Grand Conseil fin 2024. L’un de ses objectifs majeurs est la réalisation de 80 kilomètres de nouveaux aménagements cyclables d’ici à 2028. Cette démarche vise à renforcer la continuité et la qualité des réseaux destinés à la marche et au vélo.
Mais je suis convaincu qu’aucun aménagement ne remplacera seul la responsabilité individuelle. La sécurité des enfants dépend aussi du comportement des automobilistes, des cyclistes, des usagers de trottinettes et, bien sûr, des parents. Notre objectif est que les familles aient suffisamment confiance pour permettre à leurs enfants de gagner progressivement en autonomie.
Le Pédibus est aujourd’hui bien implanté dans plusieurs communes genevoises. Quelle place ce dispositif occupe-t-il dans la politique cantonale en matière de mobilité scolaire, et quels bénéfices identifiez-vous pour les enfants, leurs familles et, plus largement, pour la collectivité genevoise ?
Le Pédibus est une idée simple, mais qui répond à plusieurs défis en même temps. Il réduit le trafic devant les écoles, favorise l’activité physique, crée du lien entre les familles et permet aux enfants d’apprendre progressivement à se déplacer dans l’espace public.
On parle souvent de mobilité. En réalité, le Pédibus est aussi un projet de santé publique, de cohésion sociale et d’éducation à l’autonomie.
C’est la raison pour laquelle le Canton soutient cette démarche depuis de nombreuses années visant à encourager son développement en termes de communication, sensibilisation et nombre de lignes sur le canton.
Le canton soutient déjà activement le déploiement du Pédibus. Quelles ambitions portez-vous pour son développement dans les prochaines années, et quelles seraient, selon vous, les conditions à réunir pour permettre son extension à de nouvelles communes et à un plus grand nombre d’écoles ?
Le potentiel de développement existe encore. Beaucoup de parents adhèrent au principe mais n’osent pas forcément faire le premier pas. Le rôle du Canton, des communes et des écoles est d’encourager ces initiatives et de créer les conditions qui permettent à davantage de familles de participer.
Le succès du Pédibus repose avant tout sur l’engagement des bénévoles. Plus nous réussirons à mobiliser localement, plus nous pourrons offrir cette possibilité à un grand nombre d’enfants.
Auriez-vous un message à adresser aux conductrices et conducteurs bénévoles des lignes Pédibus, ainsi qu’aux élèves qui les empruntent au quotidien ?
Je veux simplement leur dire merci. Dans une société où l’on parle souvent de ce qui ne fonctionne pas, le Pédibus montre que l’engagement bénévole continue à faire vivre nos quartiers. Grâce aux conductrices et conducteurs bénévoles des lignes Pédibus, des centaines d’enfants peuvent se rendre à l’école dans de bonnes conditions. Et aux enfants, je dirais : profitez de ces moments.
Chaque trajet effectué à pied est une occasion d’apprendre, de gagner en autonomie et de contribuer à rendre leur quartier plus agréable et plus sûr. J’espère qu’ils continueront à être curieux, attentifs et fiers de participer à cette belle aventure collective.
Vous présidez le CODEP. En quoi la présence de la Coordination Pédibus au sein de ce conseil vous paraît-elle importante, et quelle contribution apporte-t-elle aux travaux que vous y menez ?
Les meilleures décisions sont celles qui sont prises avec les personnes concernées et dans cette perspective, la contribution de la Coordination Pédibus au sein du CODEP est particulièrement précieuse.
Elle nous permet de mieux comprendre les besoins, les obstacles rencontrés sur le terrain et les attentes des différents partenaires impliqués dans la mobilité scolaire. Son expérience nourrit nos réflexions et contribue à orienter les mesures que nous développons en faveur de la sécurité et des mobilités actives.
Plus largement, sa participation rappelle que les enjeux de mobilité ne se résument pas aux infrastructures. Ils concernent aussi les comportements, l’accompagnement, la sensibilisation et l’appropriation de l’espace public par toutes les générations.
Souhaitez-vous ajouter un point qui vous tient à cœur sur ces sujets, et que nous n’aurions pas abordé ?
Nous parlons souvent de mobilité comme s’il s’agissait uniquement de transports.
Pour moi, la question est plus large. Elle touche à la santé des enfants, à leur autonomie, à leur qualité de vie et à celle de leurs parents.
La mobilité des enfants constitue un excellent révélateur de la qualité de notre espace public et de la santé de la population. Lorsqu’un enfant peut se rendre à l’école à pied ou à vélo dans de bonnes conditions de sécurité, c’est généralement le signe que l’ensemble des habitantes et habitants bénéficient eux aussi d’un environnement plus agréable et plus sûr.
C’est pourquoi nous devons continuer à investir dans des aménagements de qualité, mais aussi dans la sensibilisation et dans les initiatives qui favorisent la mobilité active. Les infrastructures sont indispensables, mais elles ne suffisent pas à elles seules. Ce sont également les comportements, le respect mutuel et l’engagement citoyen qui permettent de construire une mobilité apaisée. De plus, le pédibus permet aux enfants de prendre conscience de l’importance de la marche et du vélo dans les déplacements du quotidien. Il constitue un véritable apprentissage pour l’avenir tout en contribuant à la promotion de la santé publique.
